Chroniques de la décompensation d’un président

9 octobre 2020 [J-25]
NR:

À 11h41, 25 jours avant les élections américaines, le président américain publie un tweet aussi étrange que les précédents:

La folle de Nancy Pelosi envisage le 25e amendement pour remplacer Joe Biden par Kamala Harris. Les démocrates veulent procéder rapidement parce que Joe l’endormi a perdu la boule!!!

Un peu plus tôt, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis à majorité démocrate, a annoncé le dépôt d’un projet de loi visant à clarifier les procédures à suivre advenant qu’un président américain soit inapte à exercer ses fonctions.

Le tweet est étrange: il donne l’impression que Donald Trump a oublié que c’est de lui qu’il est question, non pas de Joe Biden.

Le tweet est aussi étrange que les précédents: plus la perspective de perdre les élections se cristallise et, particulièrement depuis le début de son traitement au dexamethason pour soigner les symptômes de Covid-19 qui ont entraîné son hospitalisation, plus ses communications publiques sont erratiques, désordonnées, voire détachées de tout ancrage dans la réalité.

Par exemple, durant une entrevue avec Sean Hannity sur Fox News, hier soir 8 octobre, Donald Trump affirme ceci:

La Californie devra rationer l’eau. Voulez-vous savoir pourquoi? Parce qu’ils envoient des millions de gallons d’eau à la mer, dans le Pacifique. Parce qu’ils veulent prendre soin de certains tout petits poissons qui ne vont pas très bien sans eau

D’un point de vue citoyen, si l’on suit attentivement ses tweets, ses entrevues téléphoniques récentes, ses discours, le premier (et peut-être le seul) débat avec son adversaire démocrate, il y a de quoi être au mieux dérangé, au pire enragé: le manque de respect, les mensonges, l’insensibilité, la violence de ses politiques et de ses attaques ad hominem. Mais, d’un point de vue psychologique, on peut affirmer sans trop de risque de se tromper que nous avons dépassé le registre de l’originalité d’un personnage public qui n’a que faire des règles d’usage et qui maîtrise l’art de la provocation.

Depuis son élection, des centaines de psychiatres et de psychologues défient la déontologie pour tirer la sonnette d’alarme au sujet de la dangerosité de la personnalité de Donald Trump tant ils craignent pour la sécurité des État-Unis. Mais aujourd’hui, 9 octobre 2020, la situation semble atteindre un niveau critique.

On a dit de cet homme qu’il présentait les signes de plusieurs troubles de personnalité, dont la perversion narcissique (« malignant narcissism »). Aujourd’hui acculé à la perspective d’un échec électoral humiliant, atteint du virus même dont il minimise la gravité depuis 7 mois, frappé de symptômes qui, malgré son déni, l’atteignent dans son corps au point d’avoir requis une hospitalisation, confronté à une situation économique désastreuse, il recourt au retournement pervers: il est victime… de la Chine, de Hilary Clinton, des démocrates, des ‘fakes medias’ qui ne soulignent jamais ses bons coups. Mais ça ne suffit plus à le contenir – Le décalage entre les faits et ses allégations est de plus en plus évident; il est aussi de plus en plus évident qu’une réalité ne se pliant pas à ses vœux lui est insupportable. Il manifeste des signes d’énervement envers ses soutiens les plus loyaux – c’est une triste fin de règne qui se dessine.

Des personnages aussi vaniteux tendent à entraîner les autres dans leur perversité. Le clinicien ordinaire n’en rencontre que rarement dans sa pratique; c’est l’entourage qui souffre, consulte, met du temps à se décoller de la situation et à comprendre ce qui lui est arrivé. Ironiquement, des gens comme Donald Trump ne peuvent maintenir leur façade qu’en s’appuyant sur les autres – qu’ils utilisent, exploitent, abusent et jettent – Jusqu’au jour où, incapables d’échapper à l’humiliation, ils rencontrent ce qu’ils ont toujours été: totalement vulnérables et irrémédiablement seuls.

JFD:

En direct de la caisse de résonnance (l’anglais le rend mieux : echo chamber) des tenants de la droite dure, comme on se plait à le dire, quelques commentaires rapides: 

  1. Affubler de potentiels troubles de personnalité un Président dûment élu est une pente glissante dont on n’a peut-être pas encore mesuré la portée.  Aura-t-on ces mêmes élans diagnostics envers un Président à gauche et/ou (auto) certifié digne, vertueux et avec les valeurs du bon côté?  Peut-on faire le même exercice rétrospectivement envers d’autres Présidents ou Premiers Ministres?  Par qui on commence? 
  2. Issu du monde des affaires, Trump a un style qui dérange parce qu’il est, disons-le crument : un peddler ou un huckster.  C’est-à-dire, dans ce cas précis, une personne qui fait la promotion et cherche à convaincre en exagérant, bluffant, amplifiant des demi-vérités, bref en utilisant toutes sortes de raccourcis pour avoir de l’impact (et non avoir raison). 
  3. Ce style contraste assez manifestement avec celui du politicien, armé de ses pros de la communication, qui se contente de ronronner des banalités ou idées reçues inoffensives ayant pour effet de plaire aux médias et d’endormir dans son confort le citoyen moyen.   
  4. Sans doute, Trump donne un show, augmente constamment le volume de sa personnalité et attise délibérément la réaction et la controverse.  Sa manie d’immanquablement caricaturer ses adversaires et de se moquer d’eux avec des sobriquets bien choisis (du genre : Sleepy Joe et Crooked Hillary) a des relents de lutte professionnelle dont on sait qu’il est un amateur.  Il n’y a pas de doute que ça ne vole pas très haut et, côté décorum, on repassera.  Rien toutefois n’indique que ses décisions politiques n’en sont nécessairement moins pertinentes ou efficaces pour autant- à preuve ses opposants en discutent somme toute très peu.

Bref: il va tenir le coup jusqu’aux élections.

10 OCTOBRE 2020 [J-24]
JFD:

Trump a fait des faillites corporatives (et non des faillites personnelles) à quatre reprises, soit en 1991, 1992, 2004 et 2009.  Il n’admet d’aucune façon une quelconque défaite et en émerge à chaque fois plus fort.   Dans une entrevue récente à propos de son livre sur Trump Conrad Black relate par ailleurs l’anecdote qu’au début de sa carrière, alors qu’il n’a pas d’argent et accumule les dettes, Trump saisit toutes les occasions possibles et imaginables de faire des conférences de presses pour mousser sa notoriété.  Lors de celles-ci, il prend aussi l’habitude de construire sa crédibilité en brandissant qu’il a avec lui des importants « papiers signés » (signed papers) garantissant sa solvabilité.  On sait aujourd’hui qu’il s’agissait de documents ne contenant que quelques mots qu’il avait lui-même écrits…et signés. 

Morale des histoires précédentes?  Trump n’a pas terminé de brandir des artifices et autres hochets qui pourraient ramener vers lui une majorité d’électeurs.  Le meilleur est à venir.   

NR:

Une autre anecdote dans la même veine: il accorde des entrevues téléphoniques en se faisant passer pour son porte-parole – John Miller ou John Barron – et fabrique une image de tombeur et de milliardaire. Depuis toujours, il déroute les journalistes et correspondants avec sa manière de jouer avec les codes, les coutumes, les mots et la réalité même, dans le but de faire parler de lui.

Cette semaine, peut-être pour la première fois de sa vie, il s’est trouvé face à sa mortalité: « Je pourrais être un des « moureurs » (« I could be one of the diers » ) », aurait-il confié à des proches pendant son hospitalisation au centre médical Walter Reed. Entre les lignes, dans la bouche de cet homme qui consacre tant d’énergie à projeter l’image d’un « gagnant », on entend « Je pourrais être un des perdants ».

Son retour spectaculaire à la Maison Blanche illustre bien à quel point cette pensée lui est intolérable. À peine sorti de l’hôpital, il se lance dans une tournée d’entrevues et d’enregistrements vidéos pour réparer cet affront de la réalité: il était à peine un peu moins en forme que de coutume, assure-t-il, c’est par sens du leadership qu’il est allé à Walter Reed (?), il a proposé aux médecins de lui donner un médicament qui s’est avéré miraculeux et qui, grâce à lui, sera distribué gratuitement par l’armée américaine partout au pays!

À moins que le passé ne soit plus garant de l’avenir, cette promesse ne se réalisera pas. Elle tombera dans le vide comme toutes les autres, à la faveur d’un nouvel artifice lancé aux médias pour orienter la nouvelle. Il s’agit d’une promesse qui vise surtout à transformer une faiblesse perçue et la menace de l’humiliation en victoire miraculeuse.

Aujourd’hui, 4 jours après avoir quitté l’hôpital, il organise un pseudo-rallye depuis la Maison Blanche. Qui sont les participants, tous vêtus d’un même T-shirt et de la fameuse casquette rouge, venus entendre un discours qui devait durer une demi heure, mais qui s’est terminé après moins de 20 minutes? Comment de véritables partisans ont-ils pu se retrouver-là avec si peu de pré-avis et au mépris des risques de contagion?

Et que visait, en réalité, ce pseudo-rallye, sinon renvoyer à Donald Trump une image réparée de lui-même, triomphant des contraintes humiliantes que la réalité lui inflige, comme la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ?

11 OCTOBRE 2020 [J-23]
JFD:

Nonobstant le « vrai » de la pandémie actuelle et les ravages qu’elle a causés pour des millions de personnes, force est d’admettre que les Démocrates et une grande partie des médias qui les supportent ont tout intérêt à repousser au-delà des élections un narratif porteur d’espoir qui dirait essentiellement que le pire est derrière nous.  En attendant, ils ont plutôt beau jeu de mettre tout le focus sur la gestion de la pandémie de Trump, sans doute le pire de son règne des quatre dernières années.  Pour le dire vite, il s’agit de répéter que la situation est hors contrôle et que son administration erratique de l’affaire – qualificatif qui colle bien à sa personnalité – a créé un insoutenable chaos.   

Du côté des Républicains, on sait bien qu’il y aura un jour un après Covid-19 empreint d’euphorie. L’objectif est d’en poser les balises immédiatement et de se laisser porter par cette vague jusqu’au 4 novembre, convaincant du coup assez d’électeurs récalcitrants de croire en des jours meilleurs.  À cet égard, l’État de la Floride sonne la charge en permettant notamment au public d’assister à des événements sportifs et en ouvrant les bars et restaurants avec des restrictions sommes toutes limitées.   

Pour ce qui est de Trump, il est à maintes reprises apparu complètement dépassé par la Chose-Covid-19, la pièce maitresse qu’il peut habituellement à tout coup jouer pour se distinguer et briller – sa maitrise par excellence de l’art de la négociation – lui étant ici cruellement inutile.   On ne peut négocier avec un virus, pas plus qu’on ne peut le ridiculiser.   

Bredouille et à court de moyens, il ne peut que se rabattre sur le seul autre moyen qu’il connait de parler avec confiance d’un sujet, c’est-à-dire de le ramener à sa propre personne.   Par la bonté de Dieu (c’est ce qu’il a dit textuellement), il a été atteint de la Covid et l’a vaincu.  Se posant en vrai leader, il peut enfin parler en connaissance de cause et dire à propos du virus, lors d’une allocution à sa sortie d’hôpital : « ne le laisser pas dominer vos vies, n’ayez pas peur de lui. »  Il peut maintenant encourager les gens à marcher dans son sillon, à se tenir debout et à confronter le virus tel un Américain fier et fort devant la menace étrangère (lire : le virus est chinois). 

Qui va parvenir à contrôler le narratif Covid pour les prochaines semaines?  Trump sera-t-il capable d’en dire quelque chose d’assez cohérent pour maintenir le cap? Est-ce que l’avenir va donner raison à ceux qui, voyant dans les médias de masse l’ennemi du peuple, prédisent que le discours général sur la pandémie va se modifier post-élections, une fois qu’il n’y aura plus d’intérêts à en dramatiser des bouts pour nuire à Trump?  Les prochains jours seront cruciaux. 

NR:

Non seulement a-t-il vaincu le Covid, mais, en tant que specimen physique parfait, il y est immunisé et ne peut le transmettre:

 

Approbation totale et complète de la part des médecins de la Maison Blanche, hier. Ce qui signifie que je ne peux le contracter (immunisé) ni le transmettre. Très bon à savoir!!!

Si Twitter estime que ce post viole ses règles concernant la diffusion d’informations erronées et potentiellement dangereuses au sujet du Covid-19, c’est que, au-delà des angles d’approche d’un média ou d’un autre, il est impossible d’affirmer une chose pareille d’un point de vue strictement médical.

Cet homme sait-il ce qu’il dit ou se croit-il sincèrement immunisé? Peut-être les choses deviennent-elles plus cohérentes lorsqu’on sort du débat républicains vs démocrates et qu’on les aborde à partir de ce qu’il dit et pourquoi.

12 OCTOBRE 2020 [J-22]
NR:

Le soir des élections de 2016, Tony Schwartz tweete (de mémoire) que l’univers vient d’exploser. L’auteur derrière The Art of the deal avait raconté dans le détail sa rencontre traumatisante avec Donald Trump et expliqué pourquoi tous les revenus qu’il tire encore du succès de ce livre vont à des œuvres de bienfaisance. Comme beaucoup de « never-Trumpers », il vivait cette élection comme une catastrophe.

Son récit met en lumière le sentiment de vacuum éprouvé par l’auteur à chacune de ses rencontres avec celui dont il écrivait la biographie:

« […] il est impossible de le garder concentré sur quel que sujet que ce soit, sinon son propre auto-encensement, pendant plus de quelques minutes, et encore… »

Le personnage qu’il décrit ressemble à celui que l’on voit. Quelqu’un qui ne lit pas, qui n’écoute pas ses conseillers, qui peut tweeter une chose et son contraire dans la même soirée, insatiable dans son besoin de faire parler de lui et d’être adulé.

Aujourd’hui, après sa guérison miraculeuse, il se rend à un rassemblement en Floride – où il réitère sa promesse creuse de distribuer à tous le remède miracle dont il a pu bénéficier et qui, étonnement, n’est pas l’hydroxychloroquine. « Je suis immunisé, crie-t-il au micro; je me sens tellement puissant, je vais descendre dans la foule et embrasser tout le monde. »

Cet animateur de foules se moque de son adversaire qui ne rassemble pas autant de monde – on sait qu’il exagère systématiquement, de beaucoup, la largeur de son public, et que c’est pour lui un enjeu de taille -. Son besoin d’attention et d’adulation est à la mesure de sa vulnérabilité; il lui reste des appuis, mais ils s’étiolent. Son discours est hypomaniaque.

JFD:

Mr. Trump est impayable.  Impayable! 

Qui d’autres que lui rabattrait un sujet aussi complexe et tragique qu’une pandémie à un simple combat entre un valeureux héros (lui) et son pitoyable adversaire (Biden).  Il se plait maintenant à dire, la traduction est libre : vous avez maintenant un Président qui n’a pas à se cacher dans son sous-sol comme son opposant.  Vous avez un Président qui est immunisé

La formule, simple et efficace, est bien connue dans le monde de la lutte professionnelle.  Comment vendre un combat?  Il faut qu’on puisse facilement répondre aux trois questions suivantes :

1- Qui sont les deux protagonistes en place?  

2- Pour déterminer quel enjeu s’affrontent-t-ils?

3- Pourquoi on devrait s’en soucier? 

Trump apparait à son meilleur quand il peut amener le débat à l’intérieur de la perspective d’un combat dont on doit faire la promotion, là où il est libre de grossir les traits de caractères des personnages qui s’affrontent, caricaturer les thèmes à l’ordre du jour et promettre au public une Amérique encore plus forte.  

Dans cette vision du monde, il n’y a pas de fin; gagnant ou perdant, il faut trouver le meilleur angle d’attaque pour la promotion du prochain combat. Suffit de mettre de l’avant une autre facette de sa personnalité, de trouver un autre adversaire et (re)partir en guerre vers une nouvelle cause.   

Parfois, quand il joue bien ses cartes, c’est même en perdant qu’il bénéficie du plus fort tremplin. 

Les jours suivants le 4 novembre, Trump clamera peut-être, en diapason avec son narcissisme exacerbé : « Losing will make me great again » 

13 OCTOBRE 2020 [J-21]
JFD:

Participant à son premier ralliement des troupes depuis sa sortie de l’hôpital, Trump a ces mots lors de son allocution, en traduction libre :  

« Maintenant ils disent que je suis immunisé… je me sens tellement puissant, je vais marcher dans celle foule…je vais marcher là et je vais embrasser tout le monde dans cette foule…je vais embrasser les gars et les belles femmes et…tout le monde.  Je vais juste vous donner un : big fat kiss. » 

Il est un incontestable Showman.   

Des gens le suivent parce que son personnage plus grand que nature tourne en bourrique des médias prétentieux et biaisés (nommés par lui « the Lame Stream Media ») et pourfend une classe politique corrompue à l’aide de slogans qui font images (notamment « CNN sucks! ») tout en donnant l’impression qu’il se bat pour les vrais patriotes, ceux qui respectent l’ordre, travaillent fort et connaissent la valeur d’une bonne piasse. 

Est-ce qu’il croit tout ce qu’il dit?  Il n’est pas du tout exclu qu’il fasse une distinction entre Trump le personnage et Trump la personne, qui relève du privé et de l’intime.  Tant qu’il s’agit du personnage, c’est un spectacle, il est téflon. 

La fragilité – et l’humiliation qui lui est corolaire – vient quand la personne est atteinte, au-delà du showman.  Et il faut pour cela des conditions très particulières.   Celles-ci ne sont vraisemblablement pas présentes pour le moment.  Notre homme Trump tient le coup…et il en remet. 

NR:

Notre ami Lacan: « […] où l’on se tromperait même à croire l’histoire absente, puisque, déjà nouée sur plusieurs siècles, elle n’y est que plus pesante du gouffre que dessine son horizon trop court, mais où elle est niée en une volonté catégorique qui donne leur style aux entreprises: anhistorisme de culture propre aux États-Unis de l’Amérique du Nord »

Il est téflon dans la mesure où le contexte n’importe pas, où les liens entre les événements n’importent pas, où la suite logique des choses n’importe pas. Il est téflon parce qu’irrémédiablement prisonnier de l’instant, caractéristique qu’il partage avec la logique de la nouvelle: aujourd’hui annule et remplace hier, cet après-midi annule et remplace ce matin. Que j’aie inventé de toutes pièces des chiffres ou une histoire ne m’empêche pas de me répéter, puisque la vérification des faits est déjà passée et donc n’existe plus…

C’est étourdissant si on se laisse embarquer dans le détail au détriment de la structure. Il est tellement téflon qu’il réussit à faire oublier qu’il est encore président des États-Unis!

Les paris sont ouverts: peut-être va-t-il tenir le coup jusqu’en novembre en nourrisant son égo de rallies et d’apparitions publiques dans le rôle d’un « carnival barking clown » sous les applaudissements d’une foule gagnée d’avance, mais il s’est aliéné tous ceux qui auraient pu maintenir un lien avec la réalité. Il est dans une bulle décrochée du réel, ce qui lui permet par exemple de raconter à répétition comment les déplorables médias ont préféré parler d’un insignifiant ouragan et d’autres nouvelles ne le concernant pas que de sa nomination pour un prix Nobel (qu’il n’a pas reçu)…

Il croit à son personnage. Il s’est perdu dans son propre reflet.

15 OCTOBRE 2020 [J-19]
JFD:

En 2016, le lutteur Hulk Hogan poursuit en justice le très classy et maintenant défunt site de nouvelles sensationnalistes Gawker parce que ce dernier a publié un vidéo où on le voit avoir une relation intime avec la femme d’un de ses amis, le très coloré animateur de radio Todd Alan Clem, mieux connu sous le pseudonyme de Bubba the Love Sponge.  Le procès attire les projecteurs et fait jaser, d’autant plus qu’on apprend que Gawker a obtenu ledit vidéo de Bubba the Love Sponge lui-même qui avait flairé là le moyen de faire un coup d’argent facile.  On nage dans les hautes sphères de l’intelligentsia américaine

Outre la petite histoire et le potinage, le procès a d’intéressant qu’il met en confrontation le droit à la une vie privée (du côté de Hogan) au droit à la liberté d’expression et à la liberté de la presse (du côté de Gawker). 

Lors du procès, la défense argumente qu’Hulk Hogan a à maintes reprises et sur de nombreuses plateformes médiatiques parlé très librement de ses expériences et prouesses sexuelles.  Il ne s’est jamais objecté avant à ce que d’autres prennent la balle au bond et fassent de même à son sujet.  Pourquoi en est-il maintenant autrement?  

Il réplique de son côté que s’il est juste qu’il a souvent élaboré à propos de sa vie sexuelle lors d’entrevues, il l’a toujours fait en tant qu’Hulk Hogan le personnage et jamais en son nom propre, Terry Bollea, et qu’il faut faire la différence entre les deux.  Il contraste par ailleurs des paroles dites à la cantonade à un vidéo disponible « pour le reste des temps » où on le voit en chair et en os. 

Il poursuit en disant que dans le vidéo distribué à son insu, il s’agit de sa vraie personne, Terry Bollea, et ce même si, admet-il tant bien que mal, il a l’habitude dans sa vie privée de rester sans interruption dans son personnage, « in character », sous ses auspices pourrait-on peut-être en fait mieux dire. 

Bref, quel lien avec Trump?  Peut-être que son personnage qui prend de l’expansion et brille en fonction de l’attention qu’il reçoit protège un Donald John Trump plus vulnérable, récemment atteint au corps et, pour l’instant, lui fait tenir bon. 

NR:

Il semble tenir bon lorsqu’il est dans un environnement qui flatte son amour-propre, enivré par le sentiment de toute-puissance que lui donnent ses rallies ou les entrevues flatteuses et complaisantes. À l’intérieur de sa bulle, sans contradicteur, il s’enivre de son propre récit, de ses succès imaginaires, de ses campagnes victorieuses contre des opposants qu’il déforme et caricature grossièrement.

Confronté à des questions sérieuses s’appuyant sur la réalité, comme au Town Hall de NBC, son masque se fissure. Il ne peut plus répondre aux questions autrement qu’avec des morceaux de phrases indirectement liés au sujet qu’il détourne immédiatement pour attaquer ses adversaires même quand ça n’a aucun sens. Ce qui fonctionne dans sa bulle de supporters se défait comme un costume trop usé lorsqu’on lui pose des questions directes et qu’on le ramène aux faits.

On se demande à tout bout de champ s’il s’agit d’une grossière tentative de manipulation de la réalité ou si les accusations de sénilité dont il asperge Joe Biden ne sont pas, en effet, projection pure et simple.

16 OCTOBRE 2020 [J-18]
NR:

À 6h07 du matin, le Président des États-Unis d’Amérique commence sa journée Twitter, bon pied bon œil:

Le site Babylon Bee a obtenu la nouvelle exclusive: Jack Dorsey détruit à coups de marteau les serveurs de Twitter dans le but de ralentir le flot de mauvaise presse concernant Joe Biden! Sur la plateforme, Donald Trump dénonce, à raison, les actions du PDG de Twitter!

Quelques années avant cette manchette, la nouvelle de la remise du prix de l’homme le plus sexy au monde, décerné à Kim Jong-Un par le journal The Onion, avait été relayée par Le Quotidien du Peuple, en Chine. Le journal officiel du parti communiste chinois n’allait pas laisser passer une telle occasion de présenter une dépêche si flatteuse pour le leader nord-coréen (dont Trump a par ailleurs avoué être tombé amoureux).

« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » enseigne la fable. S’étant détourné des « fake news » qui ne traitent pas l’information conformément à ce qu’il voit le matin en se maquillant devant la glace, Donald Trump ne sait plus différencier ce qui relève du journalisme de ce qui relève de la satire. L’a-t-il seulement déjà su?

17 OCTOBRE 2020 [J-17]
NR:

Destitué par la Maison des Représentants (à majorité démocrate) pour avoir cherché à obtenir du gouvernement ukrainien une déclaration publique à l’effet qu’il ouvrait une enquête sur le fils de Joe Biden en échange du soutien financier des États-Unis pour protéger la frontière ukrainienne contre la Russie, mais acquitté par le Sénat (à majorité républicaine), Donald Trump poursuit ses efforts pour dépeindre son adversaire comme un criminel corrompu, par l’intermédiaire du salissage de son fils Hunter.

Biden est une menace à la sécurité nationale! [Le tweet original accuse Twitter de corruption pour avoir banni un article du New York Post et un autre de Fox News au sujet de la corruption alléguée des Biden]

Mais il a deux problèmes. Le premier est d’avoir également tenté de dépeindre Joe Biden comme un vieux sénile enfermé dans son sous-sol, incapable, contrairement à lui, d’affronter le « virus chinois ». Le second, est d’avoir fait passer sa « preuve » par son avocat, Rudy Giuliani, qui ne parvient pas à rendre crédible le récit de sa découverte de l’ordinateur portable qu’Hunter Biden aurait laissé dans la petite boutique d’un réparateur, à 3000 km de chez lui! Le comparse de Trump reconnaît lui-même qu’aucun journal crédible n’a accepté de sortir la « nouvelle ».

Qu’à cela ne tienne! Fidèle à lui-même, Trump fait sienne la devise des Shadocks: « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème ». Son adversaire demeure un vieux sénile enfermé dans son sous-sol en plus d’être un criminel corrompu comme tous ceux de son clan: son fils, Hillary Clinton, Barack Obama, les médias, le « deep state », le FBI, Twitter, …

Il suffit de répéter le mantra, peu importe l’ennemi: eux méchants/moi bon – quitte à inventer des histoires de toutes pièces et à accuser l’autre précisément de ce dont lui-même est coupable. Tout est affaire de « storytelling ».

JFD:

Jamais jusqu’à aujourd’hui le Québec avait-t-il décrié avec une telle unanimité un président américain dument élu.  Ronald Reagan avait bien reçu sa part de dérision (un acteur de films de cowboy de série B comme président!) mais à cet égard, Mr. Trump fait classe à part.  L’exemple du jour, cet extrait où, lors d’un récent ralliement des troupes Trump commet cette boutade, la traduction est libre : « pouvez-vous imaginer si je perds…toute ma vie…qu’est-ce que je vais faire…je vais devoir dire j’ai perdu face au pire candidat de l’histoire de la politique.  Je ne vais pas me sentir si bien, peut-être que je vais devoir quitter le pays. » Le commentaire est bien sûr immédiatement saisi au vol et fait la manchette : Trump dit qu’il va peut-être quitter les US si Biden gagne. 

Au Québec, les mots d’esprits, clins d’œil et boutades fusent sur Twitter, du quidam en passant par des éditorialistes « full patch » de journaux sérieux: Au secours!  Pas chez nous!  Construisons un mur!  Faut garder les frontières fermées! 

Il n’y a pas de doute, mépriser et rire de Donald Trump fait ici consensus, c’est un moyen de se reconnaitre, de savoir qu’on est entre nous, de tisser des liens.  Donald Trump?  Quel idiot mon ami!   

Trump produit un effet similaire à celui d’avoir un voisin gonflable ou un beau-frère qui se veut un émule d’Elvis Gratton.   On aime ensemble le pointer du doigt et rire de sa bêtise en plus de se réconforter en se comparant et, l’espace d’un moment, oublier ses propres défauts et travers.  

Bref, Trump a sa fonction pour le Québec, notamment celle de servir de garde-fou. 

D’où les questions : par qui/quoi sera-t-il remplacé s’il perd?  Pourra-ton continuer à s’en servir sans effet d’usure s’il gagne et demeure en poste un autre quatre ans?  Et si ce n’était pas lui qui était le plus à risque de décompenser?   

18 OCTOBRE 2020 [J-16]
NR:

« Les experts en autoritarisme recommandent de garder une liste des choses qui changent, subtilement, autour de vous, afin de vous souvenir. Dans les jours suivant les élections présidentielles de 2016, j’ai commencé à tenir une liste. Chaque semaine, j’ai consigné les manières avec lesquelles Donald Trump a changé notre pays. Cette sélection, une adaptation à partir de plus de 34 000 entrées – ou 1% du contenu total – s’intéresse aux normes que lui et son administration ont brisées. La liste nous propose un itinéraire vers le retour à la normalité et la démocratie »

https://www.washingtonpost.com/graphics/2020/outlook/siskind-list-trump-norms/

Les personnes qui se sentent victimes d’abus moral, de harcèlement psychologique, d’exploitation, devraient tenir une telle chronique qui aide à y voir plus clair dans le chaos et à garder la mémoire de ce qui leur arrive. Le résultat, après près de 4 ans, parle de lui-même!

19 OCTOBRE 2020 [J-15]
NR:

Ce nouvel épisode de la série Alimenter le chaos a débuté quand la campagne de Trump a tronqué les propos d’Anthony Fauci pour une pub à la gloire du candidat. L’épidémiologiste à la tête du NIAID depuis 1984 s’est toujours abstenu de toute intervention sur la scène politique. Pour avoir écouté toutes les conférences de presse tenues à la Maison Blanche dans les premières semaines de la pandémie, il m’apparaît évident que l’homme de 79 ans s’en tient, et s’en est toujours tenu, aux faits, dans une optique de santé publique, malgré les efforts soutenus du président pour le contredire et offrir des « faits alternatifs. »

Mais le Dr Fauci jouit d’une réputation et d’une crédibilité enviables dans l’opinion publique, ce qui est clairement un irritant pour celui qui tend à tout mesurer en termes de cotes d’écoute et de popularité: « Personne ne m’aime » se lamentait-il en juillet, en tentant de capitaliser sur l’image publique du médecin.

Cette semaine, c’en était trop pour le Dr Fauci: il a multiplié les apparitions publiques pour défendre sa réputation et remettre les pendules à l’heure. Ses propos ont été cités hors contexte, au point d’en déformer complètement le sens, il trouve cet état de fait déplorable et rappelle n’avoir jamais endossé aucun candidat, ni directement ni indirectement.

Il n’en faut pas plus à Donald Trump: ce médecin est un désastre et la situation serait pire, prétend-il, s’il l’avait écouté. Les autres soi-disant experts sont des idiots. En prime, dans un bijou de pure projection: « Fauci adore être à la télé, nous le laissons le faire« 

La structure: utilisation abusive des propos de Fauci pour exploiter son image à son avantage -> réaction de Fauci pour se distancier -> attaque en règle contre lui et sa réputation (saupoudrée de projection et de faussetés). Le tout sur fond d’envie.

20 OCTOBRE 2020 [J-14]
NR:

Deux nouvelles en particulier concernant Donald Trump aujourd’hui occupent la twittosphère: son compte bancaire secret en Chine et son entrevue avec Lesley Stahl pour 60 Minutes, qu’il a interrompue après 45 minutes.

Encore: « l’entrevue est biaisée, l’intervieweuse ne portait pas de masque, vous devez regarder comment nous l’avons traitée, ça va vous plaire… « 

« The medium is the message » (McLuhan) et « Le signifiant est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant » (Lacan): à la perfection, Donald Trump incarne la pathologie d’une époque où, à l’infini, une image renvoie à une autre image qui renvoie à une autre image qui renvoie à une autre image et on peut voir « les foules les plus nombreuses que personne n’a jamais réunies » acclamant quelqu’un qui les invite à regarder une entrevue de lui pour apprécier comment il traite l’intervieweuse… Avec en prime un commentaire sur la haine des démocrates pour le « bon, beau et propre charbon ».

Le contenu, la substance, n’ont aucune importance. Qu’est-ce que la réalité, au fond, n’est-ce pas? Pandémie, chômage, récession… des signifiants pour d’autres signifiants.

JFD:

« Win if you can, lose if you must, but always cheat » – Jesse Ventura, ancien gouverneur du Minnesota. 

Trump a démontré à maintes reprises sa capacité à transgresser éhontément des règles de savoir-vivre et autres convenances sociales.  Il est devant un journaliste qui montre un biais et lui pose des questions qu’il n’apprécie pas : il le pointe d’un doigt et l’accuse droit dans les yeux d’être « fake news ».   

L’effet pour celui qui partage le même ennemi que lui est jubilatoire : au diable la retenue et l’acceptation des coups sans broncher.  Les motions agressives peuvent enfin être libérées au grand jour.  Des millions d’Américains qui se sentent bafoués triomphent par procuration et scandent à l’unisson « CNN sucks! »  L’effet est saisissant.  Only on America.  

De tout temps, celui qui transgresse les règles effraie et fascine, en fonction du rapport à la Loi de chacun.  Trump ne fait pas exception.   

Maintenant dans le dernier droit de sa campagne électorale, il en remet.  Il ne s’agit plus de ridiculiser des gens ou de les traiter de faux (ce qui de sa part porte en soi une certaine ironie), mais bien d’accuser ses adversaires d’être ni plus ni moins des criminels.   

Dans un récent vidéo, en mode attaque, il accuse un journaliste d’être un criminel parce qu’il garde sous silence le scandale entourant le contenu de l’ordinateur trouvé du fils de Joe Biden, associant du coup le père et le fils.

L’extrait suivant est révélateur : 

« Il est un criminel, il est un criminel.  Il s’est fait prendre.  Lisez son ordinateur.  Et tu sais qui d’autres est un criminel?  Tu es un criminel parce que tu ne le rapportes pas.  Tu es un criminel parce que tu ne le rapportes pas.  Laisse-moi te dire quelque chose : Joe Biden est un criminel et il est un criminel depuis longtemps.  Et tu es un criminel – et les médias – pour ne pas le rapporter.  Bonne chance tout le monde »  

La situation est renversée, ce n’est pas lui qui transgresse, c’est l’autre.  Le pari est par ailleurs risqué car c’est une chose d’accuser un politicien d’être une crapule, s’en est une autre d’y mêler sa famille et, surtout, ses enfants. C’est dire que même dans l’acte de transgresser il peut y avoir une limite à ne pas franchir, un moment où ça bascule. 

S’il va trop loin, l’effet risque de cesser d’être jubilatoire pour une frange de ses partisans, laissant plutôt place à un malaise flottant.  Il pourrait ne pas s’en remettre.

21 OCTOBRE 2020 [J-13]
JFD:

Il ne fait maintenant plus de doute que Mr. Trump va être en mesure de terminer sa campagne, et même fort probablement de se rendre en force jusqu’à la ligne d’arrivée.  Les « Maga Rallies » auxquels il participe devant des foules partisanes semblent l’avoir énergisé et comblent son besoin vraisemblablement fort élevé d’attention.  Il y apparait comme un poisson dans l’eau : à bâton rompu, il badine, égratigne ses adversaires, ridiculise les médias, revient sur ses succès des quatre dernières années, se perd dans des anecdotes et clive le choix auquel font face ses électeurs en posant qu’il y a le héros d’un côté (lui), et le méchant de l’autre (Biden).  

On peut voir son monologue complet lors d’un récent rassemblement des troupes en Caroline du Nord et, à la 23.55e minute, la manière caricaturale et personnalisée avec laquelle il pose le choix des électeurs : « cette élection constitue un choix entre un superbe reprise signée Trump ou une dépression profonde à la Biden. »

La formule, simple et sans subtilité, fait image.  Trump se permet de dire des énormités, il se donne cette incroyable liberté de tourner les coins ronds, d’exagérer, d’empiler les hyperboles et de railler ses adversaires, sans aucune gêne, au contraire, avec un plaisir évident.  La foule gagnée d’avance et souhaitant un show, en redemande.   Il n’est que trop content d’en remettre une autre pelletée, extra sauce.  

Bref, il s’en permet allègrement, donne libre cours aux élans de méchanceté envers ses adversaires qui lui viennent à l’esprit et ne s’impose ni devoir de réserve, ni obligations d’appuyer ses dires sur des faits ou des données probantes.  Au contraire, quand il parle, c’est le free for all, tout est permis, avec très peu d’autocensure.    

Pas surprenant qu’il provoque et génère tant de haine, de mépris mais aussi, pourquoi pas, de secrète jalousie.   

22 OCTOBRE 2020 [J-12]
NR:

Parlant de secrète jalousie, voici le président des États-Unis. Hier, son prédécesseur a donné un premiers discours de campagne, que CNN a diffusé dans son entièreté en titrant: « Barack Obama delivers scathing takedown of Donald Trump »

[…] Regardez ses interruptions et sa colère constantes. Comparez avec mes réponses complètes, fluides et « magnifiquement brillantes » à leurs « Q »

Dans le genre moi bon/elle méchante, difficile de faire plus ridicule que cette caricature du magnifique roi triomphant de la tentative d’élimination [takeout] menée par la vicieuse sorcière, avec un rappel, en plus fort, du mot employé pour désigner le discours d’Obama.

« Q’s » semble signifier « questions »… Pourquoi la majuscule et les parenthèses?… Essaie-t-il de convoquer sa petite armée des adeptes de Q-Anon, comme il l’a fait contre Gretchen Whitmer, la Gouverneure du Michigan?

Après avoir tenté de faire monter la mayonnaise en annonçant la publication prochaine de cette entrevue « biaisée, haineuse et grossière pour le compte de 60 Minutes et CBS » , il met son propre enregistrement sur Facebook.

À 12:20 environ:

DT: « Hier, nous étions en Arizona. Des rallies record. Des nombres de personnes que personne n’a jamais vus avant. »

LS: « Vous aviez de plus grands rallies, avant. »

DT: « Non, ceux-ci sont beaucoup plus grands que jamais auparavant. »

LS: « Je ne vais pas me quereller avec vous à ce sujet. »

DT: « Vous savez, vous êtes tellement négative! Vous êtes tellement négative! Ces rallies sont les plus gros que nous ayons jamais eus! Vous entrez ici avec cette attitude négative. Ce sont les plus gros rallies que nous ayons jamais eus. Nous avons des chiffres comme nous n’en avons jamais eus! Il y a davantage…

LS: [inaudible]

DT [interrompt]: « Excusez-moi. Vous avez affirmé quelque chose. Il y a plus d’enthousiasme maintenant pour nous que nous n’en avons jamais eu auparavant. Jamais! Et vous allez le constater à court terme. »

Finalement, sa peur de ce qui l’attend au débat de demain, animé par une journaliste, est peut-être réelle: « Kristen Welker, is far worse! #MAGA » annonce-t-il dans le même tweet.

23 OCTOBRE 2020 [J-11]
NR:

Le premier débat présidentiel a été tellement désastreux que les observateurs s’attendaient au pire; le lendemain d’un deuxième et dernier débat, le pire n’étant pas arrivé, on souligne la plus grande retenue de Trump, mais on observe le plus grand nombre de mensonges.

Satisfait des sondages partisans qui le donnent gagnant à plus de 90%, il se flatte devant les journalistes: « Je peux jouer avec plusieurs styles différents. Celui d’hier est plus populaire. »

Pendant ce temps, le Lincoln Project, un regroupement de républicains déterminés à mettre fin à la présidence de Trump et à ce qu’ils appellent le « trumpisme », le narguent, intimident l’intimidateur, en diffusant des publicités explicitement destinées à être vues par lui (sur Fox à Washington, durant ses émissions préférées):

24 OCTOBRE 2020 [J-10]
JFD:

Donald Trump a dernièrement lancé une accusation à propos du lien entre la famille Biden et la Chine, une sombre histoire de corruptions et de pots de vins.  Fidèle à son style (et nonobstant que ce qu’il avance soit ou non fondé) il l’évoque à l’emporte-pièce lors du débat présidentiel du 22 octobre dernier, dont, à la 27e minute : 

« Je ne fais pas d’argent de la Chine, tu en fais.  Je ne fais pas d’argent de l’Ukraine, tu en fais.  Je ne fais pas d’argent de la Russie.  Tu as fait 3 millions et demi, Joe, et ton fils t’a vendu.  Ils ont même une affirmation stipulant qu’ils devaient donner 10% au ‘big man’.  Tu es le ‘big man’, je le pense.  Je ne sais pas, peut-être que non.  Mais tu es le ‘big man’, je pense. Ton fils as dit que nous devions donner 10% au ‘big man’.  Joe, de quoi s’agit-il?  C’est terrible. » 

Plusieurs médias refusent d’explorer et même d’aborder l’accusation de Trump, entre autres parce qu’ils ne veulent pas donner du crédit à des attaques qui, selon eux, ne tiennent pas la route et ont manifestement pour objectifs de coincer Biden et de faire dérailler sa campagne.    

Le silence des médias est accueilli par les supporteurs de Trump comme une preuve supplémentaire que les journalistes contemporains sont des activistes biaisés et partisans. Comment sinon justifier qu’ils choisissent délibérément de taire cette affaire?  Ils feraient pourtant leurs choux gras d’accusations similaires envers Trump, clament-ils en cœur, citant en preuves le « Russiagate » avec lequel ils ont essayé de plomber le début de sa présidence.  

L’accusation de Trump, de par la manière dont elle est reçue par les médias, a pour effet de renforcer ses partisans dans leurs convictions ou, comme on dit, de solidifier sa base.  De cette perspective, il n’y a pour Trump aucun désavantage à attaquer à tout vent.  Étant donné sa personnalité, cette ouverture lui sert particulièrement bien.  Il faut lui donner, il a vraiment su exploiter à fond la crise des médias sévissant aux États-Unis.    

Il a même déjà sa justification s’il perd (« #the Lamestream Media! ») et plusieurs autres combats à venir, surtout s’il s’achète, post-élections, un média pour les combattre sur leurs propres terrains de jeux.  Trump à la tête d’un empire médiatique.  Gagne ou perd, on n’a pas encore terminé d’entendre parler de lui.  

26 OCTOBRE 2020 [J-8]
NR:

CBS a mis en ligne la fameuse entrevue avec Lesly Stahl. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit d’une mise en scène à l’intention de ceux qui tirent encore une quelconque satisfaction à voir les grands noms des médias traditionnels se faire mettre en boîte.

Monsieur le président avait préparé tout le monde à un spectacle de son cru: après avoir mis abruptement fin à l’entrevue, il s’était immédiatement tourné vers Twitter pour mousser l’idée qu’il avait encore une fois été injustement traité par les « fake news », mais qu’il avait remis la monnaie de sa pièce à l’intervieweuse.

À moins de regarder cette édition de 60 minutes avec un a priori partisan, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. En fait, tout ce bruit publicitaire vise sans doute à noyer l’essentiel: il ne peut répondre à des questions claires sur des faits qu’avec des slogans sans fondements factuels et il passe à l’attaque de la messagère dès qu’elle l’interroge au sujet de données contrariantes pour lui.

De nombreux démissionnaires de la Maison Blanche l’ont dit et répété: il est presque impossible de retenir son attention sur des sujets sérieux et les porteurs de nouvelles négatives sont simplement éliminés de son cercle de conseillers.

Comme les « fake news », « big tech » et l’ensemble de ses contradicteurs, les faits sont injustes avec lui et le traitent très mal… Heureusement, l’homme fort sait se défendre avec des mots dénués de faits (et une politique de santé qui, bien que reliée dans un livre très volumineux, n’en est pas une).

27 OCTOBRE 2020 [J-7]
JFD:

Depuis les débuts de la campagne, les partisans de Trump reprochent à Biden d’être dépassé par les événements (les plus polis) ou alors complètement sénile (les moins polis). Un récent clip vient de surgir ajoutant du feu à cette cheminée: on y voit Biden, assis aux côtés de sa femme, qui a peine à se rappeler qui est son adversaire dans cette course à la présidence, marmonnant « George » au lieu de Donald.  Le clip ici : 

Des tweets percutants fusent instantanément: Biden confond Donald Trump et George Bush!  Biden croit qu’il affronte George Washington! 

Il n’en faut pas plus pour qu’on déclare comme étant « officiel » le déclin cognitif de Joe Biden.  

Donald Trump, qui là-dessus n’en manque pas une, se régale de la confusion de son adversaire lors d’un récent rally: « quel gâchis, quel gâchis, il m’a appelé George! Je ne sais pas si je devrais en être insulté ou content! »  Pour ce qui est d’avoir le sens de la caricature et de son exploitation, il faut donner l’avantage à Trump, c’est là qu’il frappe le plus fort. 

Le Washington Post, à la rescousse, défait toutefois cette histoire en proposant une autre version voulant que le clip masque habilement la question de l’animateur à Joe Biden. C’est à celui-ci que Joe répond, un type qui se nomme….George Lopez.  Les faits ne mentent pas, dit-on au Post.  N’importe quoi, réplique-t-on du côté du camp de Trump, c’est encore un exercice de masquage des journalistes biaisés.  Il n’y a aucun doute, Biden parle manifestement de celui qui va diriger le pays pour les quatre prochaines années et évoque « George » comme étant son adversaire!  

Voilà qui est joué.  Chaque camp a pu rassurer les siens, sachant bien qu’au rythme où vont les nouvelles, la réalité, c’est ce qui est perçu au moment où c’est perçu.

28 OCTOBRE 2020 [J-6]
NR:

Le 5 septembre 2018, le New York Times publiait une lettre d’opinion intitulée: « Je fais partie de la résistance au sein de l’administration Trump. » L’auteur, anonyme, présenté comme un haut fonctionnaire de la Maison Blanche, y décrivait la gestion chaotique de la présidence et les efforts des fonctionnaires pour protéger leurs dossiers des interventions déstructurantes de Donald Trump.

Les réunions avec lui s’écartent du sujet et déraillent, il se lance dans des tirades répétitives et son impulsivité l’amène à prendre des décisions bancales, mal informées et parfois téméraires qu’il faut ensuite réparer

Une chasse aux sorcières était immédiatement lancée par l’homme visé lui-même: que ce soi-disant haut fonctionnaire se dévoile s’il n’est pas un lâche! Un an après sa lettre d’opinion, à la veille du déclenchement des élections, il ne s’était pas laissé démonter et récidivait, allant même plus loin dans un livre intitulé A Warning (Un avertissement).

Depuis, la dénonciation d’un lanceur d’alerte a entraîné le procès en destitution que Trump a perdu au Congrès et où se sont succédés les témoignages accablants de hauts gradés de sa propre administration. Non seulement ont-ils tous perdus leurs emplois dans la purge qui a suivi l’acquittement de Trump au Sénat, mais certains reçoivent encore des menaces jugées suffisamment crédibles pour avoir besoin de la protection permanente des services de sécurité de la CIA.

Et puis, il y a eu la pandémie… À ce jour, les États-Unis détiennent le record mondial du nombre de décès et sont neuvièmes en termes de décès per capita. L’avertissement d’Anonyme était fondé.

Aujourd’hui, Miles Taylor se dévoile. Du même coup, il fait la liste des nombreux déserteurs de l’administration Trump qui ont pris la parole, et dont certains ont tout perdu, pour dénoncer un président inapte à gouverner.

30 OCTOBRE 2020 [J-4]

Trumpomanie

31 OCTOBRE 2020 [J-3]
NR:

La pathologie de Trump est maintenant claire (James Hamblin, The Atlantic)

JFD:

En anglais, un « con-man » ou « con-artist » se définit tel un individu qui triche ou ment à des gens en gagnant leur confiance et les persuadant de croire en quelque chose qui n’est pas vrai et/ou fabriqué. 

Il n’est pas très difficile d’affirmer que Trump est un « con-man ».  Il est en l’illustration parfaite.  En plus, il ne s’en cache pas.  Il en remet, il en fait une source de fierté.  Cela fait partie de l’art de négocier, son fait d’armes.  Tant que ses magouilles sont techniquement légales, plusieurs vont même y trouver là une source d’inspiration.  Cela fait aussi partie du « American Dream ». 

Il est plus difficile, sauf en s’appuyant sur des principes moraux, de soutenir avec précision en quoi cela fait de lui un Président moins efficace où apte à faire avancer la cause des États-Unis.   Ce n’est pas impossible mais c’est plus compliqué et des tentatives rigoureuses en ce sens risquent d’ennuyer pour mourir un public plus facilement consommateur de grands titres qui font images. Pour ceux qui détestent Trump, c’est très frustrant.   

Les démocrates n’ont d’autres choix que de mettre de l’avant dans la personnalité de Biden, ce qui serait l’opposé de la duplicité: sa décence.  Joe Biden serait un homme décent, le mantra est répété à l’unisson par les pro-démocrates.  Ils n’ont même pas à le prouver, ils se contentent de comparer son portrait à celui de Trump. 

On verra le 3 novembre si cela sera suffisant.  Si Trump gagne, c’est peut-être finalement que le « con-man » sévit parfaitement, à bien des égards, à l’intérieur d’un « con-world » 

1e novembre 2020 [J-2]
NR:

Pour une première fois depuis 1976, les sondages annoncent une lutte serrée au Texas entre républicains et démocrates. L’avantage penche même légèrement pour Biden qui s’y est donc arrêté hier, trois jours avant les élections.

Sur place, son autobus de campagne est tombé nez à nez avec des partisans de Donald Trump décidés à le bouter hors de leur état. Une colonne de 4×4, bardés d’affiches et de drapeaux pro-Trump, auto-baptisée le « Trump train », a « escorté » le véhicule et intimidé ses occupants sur l’autoroute entre San Antonio et Austin.

Le candidat républicain jubile sur Twitter.

2 NOVEMBRE 2020 [J-1]
NR:

Demain, jour J.

Le président sortant tient 3-4 rallies par jour.

Morceaux choisis de son stand-up d’aujourd’hui sur le tarmac de l’aéroport d’Avoca, en Pennsylvanie:

-Nous allons gagner. Nous avons des grosses surprises [pointe en direction des médias] Regardez tous les Fake News! Regardez tous les fakes [la foule se met à huer]

-Votre gouverneur doit ouvrir votre état, Pennsylvanie, il doit ouvrir votre état [la foule se met à scander « Tom Wolf sucks »]

-Ouvrez votre état, gouverneur et, s’il vous plaît, ne trichez pas, s’il vous plaît ne trichez pas. Nous vous regardons, nous vous regardons tous, gouverneur, nous avons beaucoup d’yeux sur le gouverneur, et sur quelques autres gouverneurs aussi.

-Sur les e-mails d’Hunter Biden et la cote du « big guy »… [histoire farfelue d’un ordinateur prédentument trouvé par Rudy Giuliani chez un réparateur non-voyant et dont personne n’a vu la preuve]… « Le deuxième plus grand scandale de l’histoire de notre pays, le premier étant qu’ils ont espionné ma campagne »[revient depuis 4 ans sur cette histoire démentie depuis longtemps – et n’en démord pas]

-Sur sa popularité sur Twitter et les histoires gonflées à son sujet

-Sur Biden, un « homme corrompu qui n’est pas mentalement équipé pour être président »

-Sur les e-mails d’Hillary Clinton [la foule scande « Lock her up »]

-Sur: la coupe de cheveux d’un journaliste de MSNBC, sur Lebron James et les mauvaises cotes d’écoute de la NBA [la foule scande « Lebron James sucks »], sur Beyoncé, sur Lady Gaga, sur Bon Jovi…

Hier, il fantasmait un combat physique avec Joe Biden. Il se plaignait que les Démocrates et leurs alliés des médias ne voulaient parler que de COVID, COVID, COVID. La foule s’est mise à scander: « Fire Fauci »

Envieux du succès d’estime des autres, obsédé par sa popularité qu’il mesure en termes de cotes d’écoute et de tailles de foules, coincé dans des pensées répétitives et récurrentes de nature paranoïdes, on ne peut pas dire que, à part « si je perds c’est que les autres ont triché », il ait quoi que ce soit de conséquent à dire sur le monde réel, à la veille du Jour-J.

Deuxième partie -> Chroniques de la décompensation d’un président (2)

2 réflexions sur “Chroniques de la décompensation d’un président

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